Le déficit foncier est l'un des rares mécanismes fiscaux qui permet à un bailleur au régime réel de réduire directement son revenu global imposable. Avec le relèvement temporaire du plafond pour les travaux de rénovation énergétique, il reprend de l'attractivité en 2026. Mode d'emploi complet.
Qu'est-ce que le déficit foncier ?
Vous êtes au régime réel d'imposition des revenus fonciers. Vous déduisez de vos loyers encaissés l'ensemble des charges admises (travaux, intérêts d'emprunt, taxes, assurances, frais de gestion…). Si le total des charges dépasse le total des loyers, vous êtes en déficit foncier.
Ce déficit ne tombe pas dans l'oubli : dans la limite annuelle, il s'impute sur votre revenu global (salaires, pensions…), ce qui réduit votre impôt sur le revenu. Le surplus est reporté sur les revenus fonciers des dix années suivantes.
Les plafonds en vigueur en 2026
Deux plafonds coexistent selon la nature des travaux :
| Situation | Plafond annuel d'imputation | Report possible |
|---|---|---|
| Cas général (tous travaux) | 10 700 € | 10 ans sur revenus fonciers |
| Travaux de rénovation énergétique (classe E/F/G → A à D) | 10 700 € + montant des travaux, 21 400 € au plus | 10 ans sur revenus fonciers |
La limite de 10 700 € est relevée du montant des travaux de rénovation énergétique qui font passer un logement de la classe E, F ou G à A, B, C ou D, sans pouvoir dépasser 21 400 €. Il ne s'agit donc pas d'un doublement automatique : 5 000 € de travaux éligibles portent la limite à 15 700 €. Le dispositif vise les dépenses payées du 1er janvier 2023 au 31 décembre 2027, avec un devis accepté depuis le 5 novembre 2022 ; elles se déclarent ligne 224 bis (et non 224) de la 2044. Il faut pouvoir justifier de deux diagnostics de performance énergétique : un DPE classant le logement en E, F ou G avant les travaux, et un DPE le classant en A, B, C ou D à leur issue, les travaux devant être achevés au plus tard le 31 décembre 2027 selon la notice 2044. À défaut de justification, les revenus des années concernées sont recalculés sans le relèvement. Le dispositif est facultatif : si vous n'en voulez pas, tout se déclare ligne 224.
Quelles charges créent réellement le déficit ?
Voici les postes qui alimentent le déficit foncier (hors intérêts d'emprunt) :
- Travaux d'entretien, de réparation et d'amélioration (mais pas de construction ni d'agrandissement)
- Primes d'assurance propriétaire non-occupant (PNO)
- Taxe foncière, hors taxe d'enlèvement des ordures ménagères (jamais déductible, même si elle n'est pas refacturée au locataire)
- Frais de gestion et d'administration versés à un tiers (agence, comptable), plus le forfait de 20 € par local qui couvre les autres frais de gestion (logiciel, téléphone, correspondance)
- Frais de procédure (avocat, huissier en cas d'impayé)
- Charges de copropriété non récupérables
- Diagnostics obligatoires réalisés pour la location (DPE, amiante, plomb…), déclarés avec les travaux en ligne 224
Exemple chiffré
Marc loue nu un appartement classé F. En 2026, il encaisse 8 000 € de loyers et paie 2 500 € de charges courantes (taxe foncière, assurance, copropriété). Il fait aussi réaliser pour 20 000 € d'isolation et de changement de chauffage, qui font passer le logement en classe D. Il n'a pas d'emprunt.
| Poste | Montant |
|---|---|
| Loyers encaissés | 8 000 € |
| Travaux de rénovation énergétique (ligne 224 bis) | -20 000 € |
| Autres charges | -2 500 € |
| Déficit foncier | -14 500 € |
| Limite d'imputation : 10 700 € + 20 000 €, plafonnée | 21 400 € |
| Imputé sur le revenu global 2026 | 14 500 € |
| Sans le relèvement : imputé / reporté | 10 700 € / 3 800 € |
Imposé à 30 %, Marc réduit son impôt 2026 de 4 350 €, contre 3 210 € sans le relèvement. Les 3 800 € qui auraient été reportés ne sont pas perdus pour autant : ils auraient réduit ses revenus fonciers des années suivantes. Le relèvement avance donc l'économie d'impôt. Il suppose que le logement reste loué jusqu'à fin 2029 (voir plus bas).
Simulateur de déficit foncier
Saisissez les montants de l'année pour l'ensemble de vos biens loués nus (ils forment une seule déclaration 2044). Le simulateur applique les lignes 420 à 442 de la 2044 et vous donne les montants des cases 4BC et 4BB.
Le simulateur nécessite JavaScript. Vous pouvez aussi suivre les exemples détaillés du guide de la 2044.
Travaux de fin d'année : payer avant le 31 décembre ?
Une charge se déduit l'année où elle est effectivement payée, pas l'année de la facture ni celle des travaux. Les acomptes versés à l'entreprise se déduisent l'année de leur versement, même si les travaux ne sont réalisés que l'année suivante (BOFiP, BOI-RFPI-BASE-20-30-30, § 40). Des travaux financés par un prêt se déduisent au fur et à mesure des paiements à l'entreprise.
Ce que cela change en pratique :
- Payer en décembre plutôt qu'en janvier fait entrer la dépense dans les revenus de l'année en cours : l'économie d'impôt arrive un an plus tôt.
- La limite d'imputation est annuelle. Si le déficit d'une année dépasse 10 700 € (ou la limite relevée), le surplus ne s'impute que sur les revenus fonciers des dix années suivantes. Répartir les paiements sur deux années permet alors d'utiliser deux fois la limite sur le revenu global, ce qui compte surtout si vos revenus fonciers futurs ne suffiront pas à absorber le report.
- Le relèvement pour travaux énergétiques ne vaut que pour les dépenses payées au plus tard le 31 décembre 2027. Un chantier à cheval sur 2027 et 2028 perd le relèvement pour la part payée en 2028.
Un acompte doit correspondre à un paiement réel à l'entreprise, justifié par une facture ou un reçu. Conservez devis, factures et preuves de paiement : l'administration peut les demander.
Stratégies pour maximiser le déficit foncier
1. Calibrer le montant payé chaque année
La limite de 10 700 € (ou la limite relevée, 21 400 € au plus) s'applique chaque année. Tant que le déficit reste sous cette limite, tout s'impute sur le revenu global. Au-delà, le surplus attend vos revenus fonciers futurs. Pour de gros travaux, étaler les paiements sur deux années peut donc être plus efficace que tout payer d'un coup.
2. Choisir l'année la plus fortement imposée
Si vous anticipez une augmentation de revenus (promotion, cession d'actif), planifiez vos travaux lourds sur cette année à forte TMI. L'économie fiscale sera proportionnellement plus élevée.
3. Déclarer correctement les aides
Les subventions de l'Anah, dont MaPrimeRénov', se déclarent en recette ligne 213 l'année où elles sont encaissées ; en contrepartie, les travaux se déduisent pour leur montant total (BOFiP, BOI-RFPI-BASE-10-20). MaPrimeRénov' est ouverte aux bailleurs sous conditions, notamment louer le logement en résidence principale pendant au moins six ans et déposer la demande avant les travaux. Pour les primes des certificats d'économies d'énergie (CEE), il n'existe pas de doctrine officielle : lorsqu'elles sont déduites directement de la facture, seule la somme que vous payez réellement est déductible.
4. Ne pas oublier la condition de maintien à la location
Pour conserver le bénéfice du déficit imputé sur le revenu global, le logement doit rester loué nu jusqu'au 31 décembre de la troisième année suivant l'imputation. Une vente ou un changement d'usage pendant cette période entraîne une reprise fiscale.
Quand le déficit foncier est-il peu utile ?
Le mécanisme perd de son intérêt dans deux situations :
- Revenus fonciers faibles ou nuls : si vous n'avez que peu de loyers, le déficit s'impute d'abord sur le revenu global — ce qui reste intéressant — mais le surplus se reporte sur des revenus fonciers futurs inexistants et expire au bout de dix ans.
- Tranche marginale basse (0 % ou 11 %) : l'économie absolue est faible. Il peut être préférable d'espacer les travaux ou de réfléchir à une structuration différente (SCI à l'IS avec amortissement).
La répartition du déficit se fait sur les lignes 430 à 442 de la 2044 : → deux exemples complets dans notre guide de la déclaration 2044
Ce qui change en 2026
La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 47) a prolongé le relèvement de la limite pour travaux énergétiques : il couvre les dépenses payées jusqu'au 31 décembre 2027. Les travaux payés en 2026 et 2027 en bénéficient donc encore ; au-delà, retour à la limite de droit commun de 10 700 €, sauf nouvelle prolongation. La doctrine administrative (BOFiP) n'a pas encore été mise à jour et mentionne toujours 2025 : la loi et la notice 2044 font foi.
La même loi crée un amortissement déductible des revenus fonciers pour certains logements loués nus, sous plafonds de loyers et de ressources du locataire et avec un engagement de location de neuf ans.
Sources
- Article 156 du CGI (limites d'imputation, relèvement pour travaux énergétiques)
- Loi de finances pour 2026, article 47 (prolongation jusqu'au 31 décembre 2027)
- Notice de la déclaration 2044 (2026) (ligne 224 bis, ligne 213)
- BOI-RFPI-BASE-20-30-30 (année de paiement, acomptes)
- BOI-RFPI-BASE-30-20 (imputation, maintien en location)
- BOI-RFPI-BASE-10-20 (subventions de l'Anah)
- Anah, MaPrimeRénov' mode d'emploi (septembre 2026)
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