Un appartement hérité entre frères et sœurs, un studio acheté à deux sans être mariés : dès que plusieurs personnes possèdent ensemble un bien, elles sont en indivision. Si ce bien est loué, il faut décider qui signe le bail, qui encaisse les loyers, qui paie la taxe foncière, et comment chacun déclare sa part. La loi fixe des règles par défaut ; la convention d'indivision permet de les adapter. Voici ce qu'il faut savoir pour gérer un bien locatif en indivision sans conflit.

En bref

Sans convention : qui décide quoi ?

En l'absence de convention, c'est le régime légal du Code civil (articles 815 et suivants) qui s'applique. Depuis 2009, l'unanimité n'est plus la règle pour la gestion courante : les indivisaires qui détiennent au moins deux tiers des droits peuvent agir, à condition d'informer les autres (article 815-3).

ActeQui peut décider
Mesure de conservation (réparer une fuite, assurer le bien), même sans urgenceUn indivisaire seul (art. 815-2)
Gestion courante, encaisser les loyers, donner un mandat général de gestionMajorité des deux tiers des droits
Signer ou renouveler un bail d'habitationMajorité des deux tiers des droits
Bail commercial, agricole, industriel ou artisanalUnanimité
Vendre le bienUnanimité, ou autorisation du tribunal demandée par les deux tiers (art. 815-5-1)

Les indivisaires majoritaires doivent informer les autres des décisions prises ; à défaut, elles leur sont inopposables. Un bail signé par un indivisaire seul, sans la majorité requise, n'est pas nul mais n'engage pas les autres (Cass. 3e civ., 5 avril 2011, n° 10-14.215).

Deux précautions pratiques. D'abord, le bail doit nommer les indivisaires bailleurs : un bail conclu au nom de « l'indivision », qui n'a pas de personnalité juridique, encourt la nullité (Cass. 3e civ., 16 mars 2017, n° 16-13.063). Ensuite, l'indivisaire qui gère seul, au su des autres et sans opposition, est présumé avoir un mandat tacite, mais ce mandat ne couvre pas la signature ni le renouvellement des baux (article 815-3).

Ce régime montre vite ses limites : un indivisaire qui détient plus d'un tiers des droits peut bloquer toute la gestion, et chacun peut demander le partage à tout moment, car « nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision » (article 815).

Ce que change une convention d'indivision

La convention d'indivision (articles 1873-1 et suivants du Code civil) est un contrat entre indivisaires qui organise leur situation. Elle apporte trois choses :

Le gérant doit rendre compte de sa gestion au moins une fois par an, en indiquant par écrit les bénéfices et les pertes. Chaque indivisaire peut exiger la communication de tous les documents de gestion.

Convention ou SCI ? La convention organise l'indivision sans créer de société : elle est plus légère, mais limitée dans le temps et moins souple pour transmettre. Pour comparer les deux cadres : indivision ou SCI, quel choix pour son patrimoine.

Que mettre dans la convention ?

Deux mentions sont obligatoires, à peine de nullité : la désignation des biens indivis et la quote-part de chaque indivisaire. Pour un bien loué, il est utile d'y ajouter :

Forme et coût

La convention doit être écrite et signée par tous les indivisaires. Lorsqu'elle porte sur un immeuble, elle doit en outre être publiée au service de la publicité foncière, ce qui passe en pratique par un acte notarié. Faute de publication, elle reste valable entre les indivisaires mais n'est pas opposable aux tiers (Cass. 1re civ., 10 juillet 2013, n° 12-12.115).

Au coût : les émoluments du notaire, un droit d'enregistrement et la contribution de sécurité immobilière due pour la publication (0,10 % de la valeur déclarée, 15 € au minimum). Demandez un devis au notaire, qui chiffrera l'ensemble selon la valeur du bien.

Répartir les loyers et les charges

Les loyers n'appartiennent pas directement à chaque indivisaire : ils « accroissent à l'indivision » (article 815-10). Chaque indivisaire a droit à sa part des bénéfices et supporte sa part des pertes, à proportion de ses droits. Il peut demander chaque année sa part des bénéfices, après déduction des dépenses (article 815-11).

Exemple

Trois frères et sœurs héritent d'un T2 loué 900 € par mois. Anne détient la moitié, Benoît et Claire un quart chacun. Sur l'année :

TotalAnne (50 %)Benoît (25 %)Claire (25 %)
Loyers encaissés10 800 €5 400 €2 700 €2 700 €
Taxe foncière, assurance, travaux2 400 €1 200 €600 €600 €
Part des bénéfices8 400 €4 200 €2 100 €2 100 €

Le plus simple est d'encaisser les loyers et de payer les charges sur un compte commun au nom des indivisaires, puis de répartir le solde une fois par an. La loi ne l'impose pas, mais c'est ce qui rend les comptes vérifiables.

Quand un indivisaire paie plus que sa part

Si Benoît règle seul une facture de travaux, il n'en fait pas cadeau aux autres : l'indivision lui doit le remboursement des dépenses nécessaires à la conservation du bien et tient compte des dépenses qui l'ont amélioré (article 815-13). Ce remboursement se fait sur les fonds de l'indivision ou au moment du partage. D'où l'intérêt de noter chaque avance : quiconque encaisse des revenus ou avance des frais pour l'indivision doit d'ailleurs en tenir un état (article 815-8).

Attention à l'impôt : même s'il a payé toute la facture, Benoît ne peut déduire de ses revenus fonciers que sa quote-part de la dépense (25 %). Le surplus se récupère auprès des autres indivisaires, pas auprès du fisc (BOFiP, BOI-RFPI-CHAMP-30-30, § 10).

L'indivisaire qui gère

Celui qui gère le bien doit reverser les produits nets de sa gestion et a droit à une rémunération, fixée à l'amiable ou, à défaut, par le juge (article 815-12).

Déclarer les loyers d'un bien indivis

L'indivision n'est pas une société : elle ne dépose aucune déclaration de résultat, contrairement à une SCI qui dépose la déclaration 2072. Chaque indivisaire déclare, sur sa propre déclaration de revenus, sa quote-part des loyers et des charges, à proportion de ses droits.

Le régime s'apprécie par foyer fiscal : dans une même indivision, un indivisaire peut relever du micro-foncier et un autre du réel. L'option pour le réel vaut trois ans et s'applique à tous les revenus fonciers du foyer.

Quand un indivisaire occupe le bien

Un indivisaire peut utiliser le bien, mais s'il en a la jouissance privative, il doit une indemnité d'occupation à l'indivision, sauf accord contraire (article 815-9). Cette indemnité s'ajoute aux sommes à partager. Les réclamations portant sur plus de cinq ans en arrière ne sont plus recevables (article 815-10).

Sortir de l'indivision

Pour une indivision issue d'un héritage, voir aussi succession et transmission d'un bien locatif.

Questions fréquentes

Faut-il l'accord de tous les indivisaires pour louer le bien ?

Non. Un bail d'habitation peut être signé par les indivisaires détenant au moins deux tiers des droits, à condition d'informer les autres. L'unanimité reste nécessaire pour un bail commercial ou rural.

Une convention d'indivision est-elle obligatoire ?

Non. Sans convention, les règles légales du Code civil s'appliquent. La convention est utile pour désigner un gérant, fixer des règles écrites et stabiliser l'indivision jusqu'à cinq ans.

Comment sont répartis les loyers entre indivisaires ?

Les loyers reviennent à l'indivision. Après paiement des charges, chaque indivisaire a droit à sa part des bénéfices, proportionnelle à sa quote-part, et peut la demander chaque année.

L'indivision doit-elle faire une déclaration fiscale ?

Non. Contrairement à une SCI, l'indivision ne dépose pas de déclaration de résultat. Chaque indivisaire déclare sa quote-part des loyers, au micro-foncier ou au réel sur la déclaration 2044.

Combien de temps dure une convention d'indivision ?

Cinq ans au plus si elle est à durée déterminée, renouvelable par décision expresse. Elle peut aussi être à durée indéterminée : chacun peut alors demander le partage à tout moment, sauf mauvaise foi ou contretemps.

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Sources

Cet article a une valeur informative et ne remplace pas le conseil d'un notaire ou d'un avocat.