C'est la contestation la plus fréquente lors de la sortie d'un locataire : « Vous n'avez pas le droit de retenir ma caution sur un simple devis, vous devez obligatoirement me fournir une facture acquittée des travaux ! ». Face à cette objection péremptoire, beaucoup de propriétaires bailleurs et de gérants de SCI hésitent, cèdent ou se retrouvent désemparés. Qu'en est-il réellement en droit français ?

L'essentiel de la règle en 2026
Sommaire du guide
  1. 1. Devis vs Facture : ce que dit expressément la loi et la Cour de cassation
  2. 2. Les 3 conditions cumulatives pour justifier la retenue
  3. 3. Le propriétaire est-il obligé d'exécuter les travaux ?
  4. 4. Travaux réalisés par le bailleur lui-même : comment facturer ?
  5. 5. L'obligation d'appliquer un abattement de vétusté
  6. 6. Délais légaux et pénalité de 10 % par mois (Loi ALUR)
  7. 7. Procédure pratique en cas de contestation par le locataire

1. Devis vs Facture : ce que dit expressément la loi et la Cour de cassation

L'article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 dispose que le dépôt de garantie est restitué « déduction faite, le cas échéant, des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu aux lieu et place du locataire, sous réserve qu'elles soient dûment justifiées ».

Le texte de loi utilise le terme général de « justification » sans jamais exiger exclusivement la production d'une facture de travaux acquittée.

Cette absence de précision a fait l'objet d'une jurisprudence abondante et parfaitement stabilisée par la troisième chambre civile de la Cour de cassation :

Règle juridique constante : un devis détaillé émanant d'un professionnel du bâtiment immatriculé est juridiquement équivalent à une facture pour fonder une retenue sur le dépôt de garantie.

2. Les 3 conditions cumulatives pour justifier la retenue

Bien que le devis soit recevable, le bailleur ne peut pas retenir des sommes de manière arbitraire. Trois conditions cumulatives doivent impérativement être réunies :

Condition légale Détail et exigence probatoire Erreur fréquente à éviter
1. Constat sur l'état des lieux de sortie La dégradation doit être expressément mentionnée sur l'état des lieux de sortie contradictoire signé des deux parties, par comparaison avec l'état des lieux d'entrée. Constater des dégâts après le départ du locataire alors que l'état des lieux de sortie ne mentionnait rien.
2. Imputabilité au locataire Le dommage doit résulter d'un usage anormal, d'un manque d'entretien ou d'une négligence du locataire (décret n° 87-712), et non de la vétusté ou d'un cas de force majeure. Retenir le coût du détartrage complet d'un chauffe-eau ayant plus de 15 ans d'ancienneté.
3. Devis précis et proportionné Le devis doit détailler poste par poste la prestation (m² de peinture, fourniture d'une serrure identique, remplacement d'une vitre cassée) en lien direct avec les dégradations. Fournir un devis forfaitaire global « rénovation de l'appartement : 3 000 € » sans ventilation des postes.

3. Le propriétaire est-il obligé d'exécuter les travaux ?

La réponse est sans équivoque : non, le bailleur n'est pas tenu de réaliser les travaux.

En droit civil français, la dégradation du bien constitue un manquement contractuel qui donne droit à des dommages et intérêts. Cette somme allouée au bailleur a pour finalité de compenser la dépréciation vénale ou locative de son patrimoine immobilier.

Le propriétaire peut ainsi parfaitement :

Mise en garde : si le locataire saisit le juge et prouve que le devis présenté est manifestement disproportionné ou fictif (devis de complaisance), le tribunal annulera la retenue et condamnera le bailleur au remboursement intégral assorti de dommages et intérêts.

4. Travaux réalisés par le bailleur lui-même : comment facturer ?

Beaucoup de bailleurs particuliers choisissent d'effectuer eux-mêmes les menues réparations ou les travaux de peinture pour limiter les frais. Comment justifier la retenue dans cette configuration ?

Conseil stratégique GestiPilot : si les dégradations sont significatives, faites toujours établir un devis par un artisan professionnel avant d'envisager de faire les travaux vous-même. Le devis servira de référence légale incontestable pour la retenue.

5. L'obligation d'appliquer un abattement de vétusté

C'est le point sur lequel la majorité des propriétaires se font retoquer devant la Commission Départementale de Conciliation ou le tribunal judiciaire : la vétusté.

L'usure normale d'un logement au fil des années d'occupation est à la charge exclusive du bailleur. Elle est amortie par les loyers perçus. L'article 7 de la loi du 6 juillet 1989 précise expressément que le locataire ne répond pas des dégradations dues à la vétusté.

Pour calculer la retenue légitime, il convient d'appliquer une grille de vétusté (idéalement annexée au bail lors de la signature) :

Exemple concret de calcul : un locataire quitte un appartement après 5 ans d'occupation. Une moquette posée à neuf à son entrée (valeur de remplacement : 800 €) est brûlée par un fer à repasser. Selon la grille de vétusté standard (durée de vie 7 ans, franchise de 1 an, abattement de 14 % par an), la vétusté accumulée est de 56 %. Le bailleur ne peut retenir que 44 % du montant du devis, soit 352 €, et non les 800 € initiaux.

6. Délais légaux et pénalité de 10 % par mois (Loi ALUR)

La restitution du dépôt de garantie est encadrée par des délais stricts dont le non-respect déclenche des sanctions financières automatiques en vertu de la loi ALUR :

Le point de départ du délai est la date de remise des clés en main propre (avec décharge signée) ou par lettre recommandée avec accusé de réception.

La pénalité de 10 % par mois de retard : à défaut de restitution du solde justifié dans le délai légal imparti, le montant restant dû est majoré de plein droit d'une somme égale à 10 % du loyer mensuel hors charges pour chaque mois de retard commencé. Cette pénalité ne s'applique pas si le retard est dû au fait que le locataire n'a pas transmis sa nouvelle adresse au bailleur.

7. Procédure pratique en cas de contestation par le locataire

Si votre ancien locataire conteste la retenue effectuée sur la base d'un devis, respectez la démarche chronologique suivante :

  1. Envoi d'un décompte exhaustif sous 2 mois : adressez par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) le décompte détaillé incluant le montant du dépôt initial, le détail chiffré des retenues (devis en pièce jointe), l'abattement de vétusté appliqué, et le chèque ou virement du solde restant.
  2. Réponse argumentée à la mise en demeure : si le locataire vous met en demeure de fournir une facture, répondez calmement par écrit en citant l'arrêt de la Cour de cassation (Cass. Civ. 3e, 2 oct. 2007, n° 06-18.142) et en rappelant la conformité des devis à l'état des lieux contradictoire.
  3. Saisine de la Commission Départementale de Conciliation (CDC) : en cas de blocage persistant, vous ou le locataire pouvez saisir gratuitement la CDC du département. Cette étape préalable obligatoire avant toute saisine du tribunal permet de résoudre amiablement plus de 70 % des litiges relatifs au dépôt de garantie.

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Textes légaux et jurisprudence de référence :

Article rédigé et vérifié au 31 octobre 2026. Document à visée pédagogique conforme à la jurisprudence locative française en vigueur.