Votre locataire, en retard de loyer, vous informe qu'il a déposé un dossier de surendettement à la Banque de France. Pouvez-vous encore réclamer l'arriéré, faire jouer la clause résolutoire, poursuivre l'expulsion ? La réponse dépend de l'étape de la procédure. Voici ce que change chacune d'elles pour le bailleur, à jour au 4 octobre 2026.
En bref
- Le loyer courant reste dû à chaque étape ; seule la dette antérieure est gelée.
- Recevabilité du dossier : suspension des saisies, interdiction pour le locataire de payer l'arriéré, possible suspension de l'expulsion par le juge.
- Plan ou effacement : l'arriéré peut être rééchelonné, réduit, voire effacé en cas de rétablissement personnel.
- Clause résolutoire : réputée ne pas avoir joué si le locataire respecte les délais accordés par le juge (plan) ou paie ses loyers pendant deux ans (rétablissement personnel).
Le dépôt du dossier
Le simple dépôt d'un dossier de surendettement ne suspend ni la procédure ni une décision d'expulsion. Avant la recevabilité, la commission peut seulement demander au juge des contentieux de la protection de suspendre les saisies en cours sur les biens du locataire (article L. 721-4 du code de la consommation). Vous pouvez donc poursuivre vos démarches, en sachant qu'elles risquent d'être suspendues si le dossier est déclaré recevable.
La recevabilité : ce qui est gelé
Dès que la commission déclare le dossier recevable :
- les procédures d'exécution sur les biens du locataire et les cessions de rémunération sont suspendues et interdites (article L. 722-2), jusqu'au plan ou aux mesures, pour deux ans au plus (article L. 722-3) ;
- le locataire n'a plus le droit de payer l'arriéré né avant la recevabilité (article L. 722-5), sauf lorsqu'une décision de justice lui a accordé des délais de paiement au titre de l'article 24 de la loi de 1989 ;
- en revanche, le loyer et les charges courants restent dus : un nouvel impayé vous permet d'agir (commandement de payer, demande de résiliation) et met fin à la suspension de la clause résolutoire éventuellement accordée.
Vous êtes informé de la recevabilité et pouvez la contester devant le juge dans les quinze jours.
L'expulsion peut être suspendue
Après la recevabilité, la commission peut saisir le juge des contentieux de la protection pour suspendre les mesures d'expulsion du logement du locataire (article L. 722-6). Si la situation du locataire l'exige, le juge prononce une suspension provisoire, pour deux ans au plus, jusqu'à l'adoption d'un plan, de mesures imposées ou d'un rétablissement personnel (articles L. 722-8 et L. 722-9). Cette suspension n'est pas automatique. → Les étapes de l'expulsion
La clause résolutoire
L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 organise l'articulation avec le bail, à condition que le locataire ait repris le paiement du loyer et des charges au jour de l'audience :
- après la recevabilité, le juge qui constate l'acquisition de la clause résolutoire accorde des délais de paiement jusqu'à l'adoption du plan ou des mesures ;
- une fois le plan adopté, il reprend les délais et modalités fixés pour la dette locative. À la demande du bailleur ou du locataire, il peut suspendre les effets de la clause pendant ces délais ; la suspension prend fin au premier impayé. Si la dette est réglée selon ces modalités, la clause est réputée ne pas avoir joué ; sinon, elle reprend son plein effet ;
- en cas de rétablissement personnel, le juge suspend les effets de la clause pendant deux ans ; si le locataire paie ses loyers et charges pendant ce délai, la clause est réputée ne pas avoir joué.
Plan, effacement et rétablissement personnel
- Plan ou mesures imposées : l'arriéré de loyer peut être rééchelonné sur sept ans au plus, voir son exigibilité suspendue jusqu'à deux ans, ou être partiellement effacé. Vous recevez les mesures par lettre recommandée et pouvez les contester devant le juge dans les trente jours.
- Rétablissement personnel : lorsque la situation du locataire est irrémédiablement compromise, ses dettes arrêtées à la date de la décision, dont l'arriéré de loyer, sont effacées, sauf notamment les dettes alimentaires et celles payées par une caution personne physique (article L. 741-2). Vous pouvez contester la décision dans les trente jours. La décision est publiée au Bodacc ; un créancier non avisé dispose de deux mois pour former tierce opposition.
Un effacement n'efface pas pour autant le manquement : le juge saisi d'une demande de résiliation garde son pouvoir d'appréciation (Cass. 2e civ., 10 janvier 2019, n° 17-21.774). Le locataire peut être déchu du bénéfice de la procédure s'il a sciemment fait de fausses déclarations, détourné des biens ou aggravé son endettement sans accord (article L. 761-1).
Le rôle du bailleur et de la caution
Après la recevabilité, la commission vous communique l'état du passif déclaré par le locataire : en cas de désaccord, vous avez trente jours pour justifier votre créance, avec le décompte des loyers et charges impayés ; à défaut, seuls les éléments du locataire sont retenus. Pour les cautionnements conclus à compter du 1er janvier 2022, la caution ne peut pas se prévaloir des mesures dont bénéficie le locataire du fait de sa défaillance (article 2298 du Code civil) : vous pouvez en principe lui réclamer l'arriéré ; les cautionnements antérieurs restent soumis à la loi ancienne. La caution qui paie garde son recours contre le locataire, sa créance n'étant pas effacée. Si vous bénéficiez d'une garantie loyers impayés ou de Visale, déclarez le sinistre sans attendre, dans les délais de votre contrat. → Caution ou Visale · → Loyer impayé : la procédure
Questions fréquentes
Un locataire en surendettement doit-il payer son loyer ?
Oui. Le loyer et les charges courants restent dus. Seul l'arriéré né avant la recevabilité du dossier est gelé.
Le dépôt d'un dossier de surendettement bloque-t-il l'expulsion ?
Non. Seule la recevabilité ouvre la possibilité, pour la commission ou, en cas d'urgence, le locataire, de demander au juge de suspendre l'expulsion, pour deux ans au plus.
L'arriéré de loyer peut-il être effacé ?
Oui, partiellement dans un plan, ou totalement en cas de rétablissement personnel. Le bailleur peut contester les mesures dans les trente jours.
La caution reste-t-elle tenue si le locataire est en surendettement ?
Pour un cautionnement conclu à compter du 1er janvier 2022, la caution ne peut pas se prévaloir des mesures dont bénéficie le locataire du fait de sa défaillance : elle reste en principe tenue.
Que devient la clause résolutoire ?
Le juge accorde des délais, et la clause est réputée ne pas avoir joué si le locataire règle sa dette selon le plan, ou paie ses loyers pendant deux ans après un rétablissement personnel.
L'arriéré et les loyers courants, séparément
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Essayer GestiPilot gratuitement →Sources
- Code de la consommation : article L. 721-4, articles L. 722-2 à L. 722-5, articles L. 722-6 à L. 722-9, article L. 741-2, article L. 761-1
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, article 24 ; Code civil, article 2298 ; Cass. 2e civ., 10 janvier 2019, n° 17-21.774
- Service-public, effets de la recevabilité ; surendettement et expulsion ; mesures imposées ; Banque de France, la procédure de surendettement ; ANIL, effacement de la dette locative et résiliation
Article à jour au 4 octobre 2026. Il a une valeur informative et ne remplace pas le conseil d'un professionnel du droit.