Une entreprise vous propose de louer votre appartement pour y loger un salarié ou un dirigeant. Le loyer est souvent assuré, mais le contrat ne relève pas des règles habituelles : la loi du 6 juillet 1989 ne s'applique pas à un locataire société. Liberté contractuelle d'un côté, absence de garde-fous de l'autre. Voici ce qu'il faut savoir avant de signer, à jour au 3 octobre 2026.

En bref

Pourquoi la loi de 1989 ne s'applique pas

La loi du 6 juillet 1989 protège les locations de logements « qui constituent la résidence principale du preneur » (article 2). Or une personne morale ne peut pas avoir de résidence principale : la Cour de cassation juge que cette loi ne régit pas les locations consenties à des personnes morales, comme une société ou une association (Cass. 3e civ., 23 mai 1995, n° 93-12.789). Le bail relève alors des articles 1709 et suivants du Code civil. Ce qui compte, c'est la qualité du locataire en titre (le preneur, partie au bail), pas celle de la personne qui habite le logement.

Les parties peuvent toutefois décider de soumettre le bail à la loi de 1989. Cette soumission doit être expresse : il faut une commune intention claire et non équivoque ; de simples mentions de la loi dans un modèle de bail pré-imprimé ne suffisent pas, à elles seules (Cass. 3e civ., 15 juin 2023, n° 21-25.153).

Distinct de ce cas, le logement de fonction est celui qu'un employeur attribue à son salarié en raison de son emploi : la loi de 1989 ne s'y applique que pour quelques articles : le dossier de diagnostics, la décence, la mise en conformité et l'action des associations (article 2, 3°). Il concerne la relation entre la société et son salarié, pas votre bail avec la société.

Un contrat à rédiger avec soin

Faute de loi spéciale, le contrat fixe librement la durée, le préavis, le loyer et sa révision, le dépôt de garantie et la répartition des charges. Prévoyez notamment :

Vérifiez l'extrait Kbis de la société et le pouvoir de la personne qui signe en son nom.

L'occupant et la fin du bail

Le salarié ou le dirigeant logé n'est pas partie au bail : vos droits et obligations sont ceux de la société, qui reste seule débitrice du loyer et de la restitution des lieux. La fin de son contrat de travail ne met pas fin à votre bail ; c'est à la société de faire partir son salarié. Si l'occupant se maintient après la fin du bail, son expulsion passe par une décision de justice, visant la société et tous occupants de son chef, et la trêve hivernale s'applique. → La trêve hivernale

Diagnostics, décence, encadrement

Le bail mobilité n'est pas adapté à une société : il porte sur un logement meublé et suppose un locataire qui justifie lui-même être en formation professionnelle, en études supérieures, en apprentissage, en stage, en service civique, en mutation professionnelle ou en mission temporaire. Pour un collaborateur en mission courte, c'est soit un bail du Code civil avec l'entreprise, soit un bail mobilité signé par le collaborateur lui-même. → Le bail mobilité

Les garanties

Le plafond du dépôt de garantie et l'interdiction de cumuler caution et assurance, propres à la loi de 1989, ne s'appliquent pas : vous pouvez demander un dépôt plus élevé, la caution du dirigeant ou de la société mère, ou une garantie bancaire à première demande. Une caution personne physique doit apposer elle-même la mention prévue par l'article 2297 du Code civil, à peine de nullité. → La caution solidaire

La fiscalité

Louer à une société ne change pas la catégorie fiscale des loyers : revenus fonciers pour une location nue, bénéfices industriels et commerciaux pour une location meublée. La location d'un logement nu reste exonérée de TVA, sans possibilité d'option, et, lorsqu'elle relève de la gestion d'un patrimoine privé, hors du champ de la cotisation foncière des entreprises. → Micro-foncier ou régime réel ?

Questions fréquentes

La loi de 1989 s'applique-t-elle quand on loue à une société ?

Non. Une personne morale ne peut pas avoir de résidence principale ; le bail relève du Code civil, sauf si les parties décident expressément de le soumettre à la loi de 1989.

Quelle durée pour un bail consenti à une société ?

Celle que fixe le contrat : aucune durée minimale ne s'impose. Prévoyez aussi le préavis de chaque partie.

Que se passe-t-il si le salarié logé quitte l'entreprise ?

Votre bail avec la société continue. C'est à elle de faire libérer le logement ; à la fin du bail, elle doit vous le rendre libre.

Peut-on demander plus d'un mois de dépôt de garantie ?

Oui, le plafond de la loi de 1989 ne s'applique pas. Le montant est fixé librement par le contrat.

Peut-on signer un bail mobilité avec une entreprise ?

En pratique non : le locataire doit justifier de sa propre situation (formation, études, apprentissage, stage, service civique, mutation ou mission temporaire). Le collaborateur peut le signer lui-même.

Un bail particulier, un suivi ordinaire

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Sources

Article à jour au 3 octobre 2026. Il a une valeur informative et ne remplace pas le conseil d'un professionnel du droit.